Ces produits dont le prix va grimper à cause de la canicule

catégorie : Divers
8 Août 2018

Ces produits dont le prix va grimper à cause de la canicule

 

 (ABONNÉS) LAURENT LAMBRECHT ET CHARLOTTE MIKOLAJCZAK Publié le mardi 07 août 2018 à 17h59 – Mis à jour le mercredi 08 août 2018 à 08h55

Conjoncture

La sécheresse a diminué fortement le rendement de certaines cultures. Dans certains cas, les pertes de rendement sont plus que compensées par la hausse des prix. Mais certains secteurs seront perdants.

Les conditions climatiques exceptionnelles se prolongent en Belgique et dans de nombreux pays d’Europe. La chaleur et le manque d’eau ont logiquement un impact sur l’agriculture chez nous. Les prix du blé et de la pomme de terre sont déjà en forte hausse. La récolte de pommes et de poires s’annonce catastrophique, tandis que les vignerons wallons commencent déjà à se frotter les mains.

Dans certains cas, la flambée des prix peut être une bonne affaire pour les agriculteurs qui sont parvenus à garder une récolte correcte, comme c’est le cas pour le blé. En revanche, pour les producteurs de poires et de pommes, ça s’annonce mal d’un point de vue financier.

Au niveau mondial, l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture ne s’inquiète pas trop quant à un risque de pénurie de blé ou de denrées alimentaires. Pour le blé, les dernières années ont été exceptionnelles et les stocks sont pleins.

Le blé rapportera davantage aux agriculteurs belges

En Belgique, les conditions climatiques extrêmes ont logiquement eu un impact sur la récolte de blé, dont le rendement est estimé en baisse de 10 à 15 % en moyenne par rapport à une année normale. Ce rendement inférieur chez nous, combiné à de mauvaises récoltes dans toute l’Europe, a fait grimper les prix de la tonne de blé, pour le plus grand bonheur des agriculteurs belges.

“Les prévisions de récoltes ont été revues à la baisse un peu partout en Europe, ainsi qu’en Russie et en Ukraine, explique Alain Masure, directeur du service d’étude de la Fédération wallonne de l’agriculture (FWA). Dans la foulée, le prix de la tonne de blé est passé de 140 euros en mai, le dernier mois de vente de la récolte précédente, à 190 euros fin juillet, une hausse de 35 %”.

On parle ici des prix en vigueur pour le marché belge, le nord de la France et le sud des Pays-Bas. “Le blé récolté en Belgique est généralement acheté par des négociants belges, qui le revendent ensuite où ils le veulent”, note Alain Masure.

Cette augmentation des prix de vente de 35 % compense donc, en théorie, la baisse de rendement de 15 % observée en Belgique. “Mais cette baisse de rendement de 15 % est une moyenne, nuance Alain Masure. Dans certaines exploitations, on peut descendre jusqu’à 50 % de pertes. Dans ces cas extrêmes, l’opération financière devient négative”.

Peut-on s’attendre à une augmentation significative du prix du pain, dont le blé est l’ingrédient principal dans 90 % des cas ? “Le blé ne représente que 20 % du prix du pain payé par le consommateur, tempère Alain Masure. Il faudrait une augmentation considérable du cours du blé pour influencer le prix du pain de façon significative”.

© Vilain Heloise

La pénurie de pommes de terre fait flamber les prix

Contrairement au blé, la récolte de pommes de terre n’a pas encore commencé. Pour la majorité des variétés, elle devrait intervenir dans le courant du mois de septembre. Et certains pointent déjà le risque de pénurie sur le marché.

“Si la sécheresse perdure, l’on risque d’avoir une très mauvaise récolte, avec des baisses de rendement comprises entre 15 et 30 %, explique Alain Masure. En revanche, l’année passée avait été exceptionnellement bonne du point de vue de la production, ce qui avait fait chuter les prix”.

Face à ce risque de pénurie, le cours de la pomme de terre a déjà fortement augmenté sur le marché libre en Belgique. “C’est un effet spéculatif car on s’attend à avoir une mauvaise récolte, explique Alain Masure. Les pommes de terre excédentaires de la récolte de 2017 ont récemment été vendues au-delà de 100 euros la tonne. Or, jusqu’à présent, la récolte de l’année précédente valait entre 20 à 30 euros la tonne sur les marchés”.

A priori, les agriculteurs qui sont parvenus à conserver une récolte correcte, compte tenu des conditions climatiques, devraient donc s’en tirer avec ces prix environ quatre fois plus élevés que l’année précédente. “Le prix de 20 à 30 euros était tout de même exceptionnellement bas, précise Alain Masure. En temps normal, il oscille entre 60 et 80 euros la tonne”.

Si les pommes de terre vont coûter plus cher, l’amateur de frites ne doit pas trop s’en faire. “La pomme de terre ne représente qu’environ un tiers du prix de la frite”, déclare Alain Masure.

© FLEMAL JEAN-LUC

Après la pomme, c’est la poire qui trinque

“Jusqu’il y a 15 jours, nous n’étions pas si inquiets que ça, mais nous avons désormais passé un cap. Il n’y aura pas beaucoup de fruits cette année. Certes, les prix vont flamber, mais en l’absence de ventes, les producteurs n’en verront pas la couleur”.

Claude Vanhemelen, secrétaire générale de la Fédération wallonne horticole, est inquiète à propos des récoltes de pommes, et surtout de poires. “La sécheresse fait que les arbres laissent tomber leurs fruits pour survivre”, déclare-t-elle.

Selon notre interlocutrice, cette mauvaise récolte de poires serait particulièrement pénalisante pour les producteurs belges. “Cela fait plusieurs années que les pommes ne rapportent pas grand-chose aux producteurs belges, notamment en raison de la concurrence de la Pologne, déclare Claude Vanhemelen. Les producteurs belges avait tendance à équilibrer leurs comptes grâce à la poire, qui peut se distinguer grâce aux conditions climatiques en vigueur habituellement chez nous. Avec cette sécheresse, ce ne sera pas le cas cette année”.

© REPORTERS

Pas de pénurie de blé au niveau mondial

Stocks. Si le prix du blé a augmenté sur divers marchés internationaux, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture ne craint pas de pénurie au niveau mondial. “Il est vrai que les mauvaises nouvelles en provenance d’Ukraine, de Russie et d’Europe ont fait monter les prix du blé de 15 % aux Etats-Unis, qui est l’un des marchés les plus importants, commente Peter Thoenes, économiste à l’ONUAA. Mais les très bonnes récoltes engrangées ces 4 à 5 dernières années font que les stocks sont pleins. Nous ne craignons donc pas de pénurie d’approvisionnement de blé au niveau mondial. Nous sommes simplement en train de passer d’une situation de surabondance à un marché plus serré”. En outre, il n’est pas dit que les Etats-Unis, le Canada et l’Australie connaîtront de mauvaises récoltes. “Les attentes pour ces trois marchés sont mitigées, explique Peter Thoenes. Aux Etats-Unis, par exemple, les résultats sont très différents d’un Etat à l’autre. L’on pourrait tout aussi bien avoir de moins bonnes que de meilleures récoltes pour ces trois marchés. L’on devrait en savoir davantage dans quelques semaines”. En dehors de la problématique du risque de pénurie, il y a la question du prix du blé qui peut pénaliser certains pays en développement. Ici aussi, notre interlocuteur se montre rassurant. “L’écoulement des stocks sur les marchés devrait avoir un effet positif sur les prix, commente Peter Thoenes. Je ne pense pas que les importateurs africains de blé doivent craindre une hausse durable des prix”.

Laurent Lambrecht et Charlotte Mikolajczak